J’attends. Ma tocante raconte midi vingt. J’attaque mon second Byrrh cassis. Une grosse vilaine mouche gavée arrive de la cuistance et vient me draguer. Je lui fais signe que je ne suis pas libre. Elle se rabat sur un peintre en bâtiment en train de claper la frigousse à Rirette, à la table du fond. A cet instant, pétarade dans la strasse. Deux motards gantés de blanc. Une CX noire… M. le ministre en descend. Il passe la tête dans le troquet, m’avise.

— Mouais, il est laguche, fait-il à son chauffeur ; faut reviendre me prendre dans une heure pile, compris ?

Et il s’apporte, le ventre pointé, soucieux, le front en accordéon, le regard déjanté, la lèvre lippeuse.

Le père Finfin veut se la ramener pour les gratulations d’usage, mais d’un geste l’Excellence le bloque à son rade.

— Pas d’infusions, Finfin, j’sus t’ici en coquelicot.

Il me presse la louche et prend place en face de moi. Son expression m’alarme. Je crois déceler des larmes au bord de ses cils et son menton tremble.

Je pose ma main sur la sienne.

— Ben, que t’arrive-t-il, Gros ? T’as l’air en pleine Berezina ?

— J’y suis, confirme-t-il.

Et il se prend le mufle dans ses grosses pattounes pour chialer en plein, sans retenue.

Jamais je ne l’ai vu pleurer de la sorte, mon gros patapouf ! Un chagrin d’enfant. Il hoquette.

Le père Finfin se rabat d’urgence avec un double Byrrh cassis.

— Allez, buvez-moi vite ça, m’sieur Bérurier.

Sa Majesté écarte les doigts, aperçoit le verre et le gloupe à travers son rideau de pleurs.

— Je vas vous en apporter un autre, décide Finfin, manière de vous remonter la pendule. Fleur de Misère ! Bon Dieu de bois, donne la carte à ces messieurs pour qu’ils vont pouvoir choisir entre l’andouillette panée et le boudin aux pommes.

Il emballe bien, Finfin. Ça crée la belle diversion souhaitable. Alexandre-Benoît s’ébroue et reprend du poil de la bête. Puisque Finfin est à dispose, on remplit notre bon de commande. Après la salade aux lardons, j’opte pour le boudin. Béru décide d’intercaler l’andouillette entre les deux. Après ce sera du saint-marcellin bien coulant et la poire au vin. Du beaujol-pif pour arroser le tout.



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