
Ce fut un bruit de moteur qui le réveilla. Il ouvrit les yeux, tous ses sens en alerte. Les tuiles de bois servant de plafond, Bahjat dans ses bras et le puissant grondement d’un moteur à explosion qui se dirigeait vers la bicoque… ce n’était pas un électrocyclo. Ni un hélicoptère. Un camion, peut-être.
Il se dégagea doucement pour ne pas réveiller la jeune fille endormie dont la respiration était rauque et sifflante. La tache de soleil s’était déplacée mais les vêtements posés sur le plancher étaient secs. Il en recouvrit précipitamment le corps nu de Bahjat avant d’enfiler son pantalon et sa chemise.
Par la fenêtre, il pouvait voir la route qui s’étirait, toute droite, jusqu’à l’horizon. Un gros camion poussif s’y traînait. D’après ce que proclamaient les mots peints sur ses flancs blancs — DON QUIXOTE CERVESA —, il transportait de la bière dans ses entrailles réfrigérées.
Pas moyen d’aller jusqu’à la route pour l’arrêter, se dit David. Mieux vaut, d’ailleurs, ne pas même essayer : ce serait probablement une erreur. Mais elle a besoin d’un médecin ou, au moins, d’une pharmacie.
Il se retourna. Bahjat était en train de s’asseoir sur la couchette, une main cachant ses seins, l’autre tenant l’épaule opposée comme si elle posait pour un peintre. Mais elle avait les yeux cernés et une toux déchirante la secouait.
— Il ne faut pas rester là, dit-elle.
— Je sais.
— Il passera d’autres camions.
— Mais ils ont la radio et ils préviendront la police.
Elle réussit à sourire.
— Je vais vous apprendre comment un maquisard qui connaît son métier fait du camion-stop.
David, tapi sur la berme, attendait, crispé. Il avait cru à maintes reprises entendre des moteurs mais, chaque fois, ce n’avait été que son imagination qui lui jouait des tours. À un moment donné, un hélicoptère le survola et il se cacha avec le cyclo dans les hautes herbes jaunâtres qui poussaient le long de la route. Apparemment, l’hélico n’y vit que du feu car il s’éloigna sans même se donner la peine de tourner en rond au-dessus du site.
