
— Vous ne pouvez pas non plus voyager si vous êtes malade.
— Si… je pourrai.
David alla passer les boîtes de conserve en revue. Presque toutes étaient autochauffantes. Il ouvrit le couvercle de deux boîtes de potage et d’une de ragoût de viande dont le contenu se mit immédiatement à grésiller et, s’asseyant sur le bord de la couchette, il aida Bahjat à boire un peu de bouillon. À même la boîte car il n’y avait ni assiettes, ni couverts, ni bols.
Et pas davantage de médicaments.
— La route…, balbutia-t-elle. On pourrait faire de l’auto-stop… Il doit sûrement passer des camions…
— Qui ont des talkies-walkies et notre signalement détaillé aimablement fourni par la police, l’armée ou que sais-je encore !
Quand Bahjat eut avalé quelques bouchées de ragoût, sa toux s’apaisa. David finit ce qui restait sans tenir compte des faibles protestations de la jeune fille : elle redoutait de le contaminer s’il mangeait dans le même récipient qu’elle. Lorsqu’il eut bu le potage, il remplit deux boîtes d’eau fraîche et claire à la pompe et les posa à côté de Bahjat.
— Maintenant, dormez un peu. C’est ce que je vais faire moi-même.
— J’ai froid.
David eut beau fouiller soigneusement la cabane, il ne trouva pas de couvertures, pas même de draps. Le soleil qui entrait par la fenêtre était chaud mais il n’allait pas jusqu’à la couchette encastrée dans le mur et, par conséquent, inamovible. En désespoir de cause, il déshabilla Bahjat, étendit ses vêtements mouillés par terre au milieu de la flaque de soleil et revint vers elle.
On dirait un bébé moineau, fragile et ravissant, songea-t-il en regardant son corps nu. Il s’allongea à côté d’elle et la prit dans ses bras. Elle se pelotonna contre lui. Elle avait encore des frissons. David entreprit de lui masser le dos et les fesses. Après avoir toussé plusieurs fois, elle s’endormit. Il en fit autant. La fatigue était plus forte que le désir : telle fut sa dernière pensée avant de sombrer dans le sommeil.
