— Le fait est, reconnut Garrison avec bonne humeur. Mais, à mon âge, le voyeurisme est à peu près le seul plaisir qui me reste. D’ailleurs, tu es une exhibitionniste. Tu aimes ça. Avoue, insista-t-il avec un soupçon de dureté dans sa voix rocailleuse. Tu aimes te montrer, hein ? Ce n’est pas vrai ? ajouta-t-il comme Arlène s’obstinait dans son mutisme.

— Bien sûr que si, mon chou, répondit-elle enfin tout en déboutonnant son corsage. J’adore.

Bien qu’ils appartinssent tous les deux à la même espèce biologique, Kowié Bowéto et Chiu Chan Liu n’auraient pas pu être plus différents qu’ils ne l’étaient.

Le premier était un colosse dont le front large et bombé dominait deux yeux minuscules et méfiants, toujours en alerte. Au naturel, son expression était renfrognée. C’était un homme qui, d’instinct, attaquait les problèmes bille en tête.

En d’autres temps, Liu, quant à lui, aurait été un philosophe, un sage, un mandarin. Frêle et menu, c’était un taciturne. On aurait presque dit un ascète.

Ils étaient dans l’appartement de fonction qu’occupait le Chinois au siège du Gouvernement mondial à Messine. La peinture sur soie qui ornait l’un des murs et le vase précieux qui trônait dans un coin étaient les seuls éléments exotiques de la pièce par ailleurs décorée de chromes, de plastique et de verre conformément au style occidental contemporain comme tous les autres logements des fonctionnaires du G.M.

— Mais il se remet de son attaque, était en train de dire Bowéto, affalé dans un fauteuil résille en plastique, une chope de bière brune posée sur la table basse devant lui.

Liu était assis sur une chaise droite garnie de peluche, un verre de la taille d’un dé à coudre rempli de vin d’abricot à portée de la main.

— Il a plus de quatre-vingts ans, murmura-t-il. Il n’en a plus pour bien longtemps.

Bowéto haussa les épaules.

— Eh bien, l’Assemblée élira un nouveau directeur.



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