— Je ferais de mon mieux pour qu’il en aille ainsi.

L’Africain porta à nouveau la chope à ses lèvres.

— Il faut que je réfléchisse, évidemment. C’est une éventualité à laquelle je n’avais jamais pensé.

Mais son visage hurlait : Oui, oui, oui !

— Mais tout cela, c’est pour l’avenir, reprit-il en reposant la chope presque vide sur la table. Qu’allons-nous faire en ce qui concerne les problèmes de l’heure auxquels nous sommes confrontés ? El Libertador…

— Al-Hachémi a négocié avec lui la libération des otages de la navette. Il suit l’affaire.

— Mais El Libertador était derrière l’insurrection sud-africaine. Et la fille du F.R.P. qui dirigeait le coup de main a pris la fuite. Il l’a sûrment aidée à s’évader. Et il accorde l’asile politique à ses complices !

— Ce n’est pas d’une importance majeure. Ce sont d’insignifiants rebelles qui ne comptent guère. Il faut impérativement que nous agissions sans ménager nos efforts pour que le directoriat passe des mains impotentes et séniles de De Paolo à celles d’un leader vigoureux et capable. Alors seulement nous pourrons nous occuper comme il convient des rebelles et des révolutionnaires.

Bowéto se renfrogna, puis il sourit.

— Je suppose que vous avez raison, dit-il.

Ils avançaient obstinément à travers la tempête et la pluie froide sur une route étroite, pleine de creux et de bosses, trempés jusqu’aux os. Le tonnerre les assourdissait et les éclairs qui fusaient comme des langues de serpents illuminaient fugitivement le paysage de leur aveuglante clarté bleue avant de s’évanouir dans les ténèbres.

David sentait Bahjat frissonner. Au bout de quelques kilomètres, il lui dit de s’arrêter sur le bas-côté. La pluie était si violente que l’on ne voyait quasiment rien au-delà du cercle de lumière que projetait le phare du cyclo.



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