
— Il faut trouver un endroit pour nous mettre à l’abri, cria-t-il pour dominer le fracas du tonnerre.
Les cheveux de la jeune fille se plaquaient sur ses joues. Des gouttes ruisselaient de son nez et de son menton. Ses vêtements qui lui collaient au corps épousaient ses formes, dessinant son nombril, le bout de ses seins, ses côtes.
— Il n’y a rien par ici, lui répondit-elle. Et il ne faut pas s’arrêter. Ils nous rattraperaient.
— Pas par une tempête pareille.
— On ne peut pas s’arrêter, répéta-t-elle.
— Alors, laissez-moi au moins conduire.
David prit le guidon et Bahjat monta à son tour en croupe. Elle grelottait et claquait des dents. Penché en avant, David s’efforçait de distinguer la route derrière les nappes de pluie semblables à un mur.
C’était terrifiant et, en même temps, exaltant. Il avait lu des livres qui parlaient des tempêtes, il avait vu des enregistrements d’ouragans et de tornades. Mais, cette fois, c’était bien réel. La pluie glacée qui le cinglait l’obligeait à plisser les paupières qui n’étaient plus que deux fentes étroites. Le tonnerre était partout, effrayant, faisant trembler le sol. Les éclairs qui déchiraient l’obscurité lui lancinaient les nerfs.
Pas étonnant si nos ancêtres rendaient un culte aux éclairs et au tonnerre. Ils nous réduisent à l’insignifiance. Je suis une fourmi, une bactérie, une molécule en débandade. Leur puissance épouvante et incite à les adorer. Leur puissance et leur beauté. Ce sont des dieux, des divinités visibles infiniment plus grandes et plus puissantes que nous.
Puis son pragmatisme reprit le dessus et David s’inquiéta : dans l’immensité de cette pampa nue comme la main, sans un seul arbre, n’attireraient-ils pas la foudre ? Nous devrions faire halte et nous allonger au bord de la route le plus loin possible de cette bécane toute en métal.
Mais il continua de rouler tandis que Bahjat, secouée de frissons, se cramponnait à lui.
