
Pour la même raison, celui du souterrain devait en savoir le moins possible tant sur lui-même que sur les autres. En aurait-il besoin ? Il n’était qu’un informateur, et les données superflues ne feraient que surcharger son cerveau.
Et puis, l’information sur soi-même est difficile à effacer, elle peut rester pour toujours.
Les habitants du souterrain ne se souvenaient pas les uns des autres, les liens de parenté leur étaient inconnus. Ils formaient une masse compacte et impersonnelle qui quittait le matin et regagnait le soir ses « cellules » aseptisées.
Il était donc étonnant que Kron Four eût remarqué depuis un moment ce personnage de grande taille et légèrement voûté. Il y avait dans le regard de cet homme quelque chose qui attirait l’attention. Ses yeux n’étaient pas vides et inexpressifs comme ceux des autres hôtes du souterrain. Le garçon sentait confusément que l’homme le captivait. Et est-ce que le fait qu’il se souvenait de ce vieillard n’était pas déjà extraordinaire en soi ?
Plusieurs jours de suite, ils se rencontrèrent de bon matin sur le tapis roulant et, une fois, le vieux sourit même à Kron et lui adressa un clin d’œil à peine perceptible. La peau synthétique se gonflait sur le corps du vieillard, comme si elle appartenait à un autre, bien que cela fût impossible, car l’enveloppe protectrice était pulvérisée directement sur le corps de l’habitant du souterrain.
Une fois, leurs doigts se touchèrent sur la main courante de caoutchouc, ce serpent interminable qui luisait dans la lueur rappelant l’aube des panneaux.
— Après la séance, viens me voir, murmura le vieillard en regardant de côté. Section 12, chambre 626. Retiens le numéro : 626.
