
Une diserte ! Presque une bavarde. Elle appartient à ces femmes qui s'arrêtent d'agir, de se mouvoir même, lorsqu'elles prennent la parole, parce que le verbe les mobilise entièrement.
Drôle de personne. Plutôt petite, la quarantaine, le cheveu châtain coupé court, à la « garçonne ». Pas de poitrine, la peau très pâle avec du bleu naturel sous ses yeux noisette. Une bouche peu ourlée, un nez qui a dû être bricolé par un chirurgien esthétique et qui ne ressemble plus à grand-chose. Elle porte un tailleur bleu marine de cheftaine, un chemisier blanc. Elle a, au cou, une chaîne de trois rangs en sautoir à laquelle pend une espèce de feuille sagittée en or. Elle est très peu fardée : un nuage ocre sur les pommettes, deux petits traits rouges aux lèvres.
Elle écrase un peu les « a » en parlant. Elle fait « noblaillonne » de province. Je la devine dans son château en vermoulance, avec une vieille bonne qui fait des confitures et un jardinier plus âgé encore qui plante des rames pour les haricots grimpants. Elle doit avoir son prie-Dieu gravé à ses initiales à l'église, et je l'imagine assez passant la tondeuse sur la pelouse devant le perron pour montrer qu'elle est simple.
Le personnage est un peu sec, un peu hautain, pas terriblement sympa. Cependant, il y a quelque chose d'intense dans le regard, voire de passionnel comme dans les prunelles de militantes farouches, prêtes à mourir pour une cause engendreuse de violences. On devine qu'elle peut très bien avoir un Beretta dans son sac à main entre son poudrier et sa boîte de Tampax.
Elle m'a téléphoné ce matin en se recommandant de Mme Leguingoix, une amie que m'man s'est faite lors de sa dernière cure en Roumanie ; une dame très bien, veuve d'un commandant de gendarmerie et mère de Victorien Leguingoix, le fameux chirurgien esthétique qui répare, dans le seizième, les irréparables outrages du temps. II te prend Alice Sapritch et t'en fait Carole Bouquet !
