
«Ça alors!» murmura Piotr. «Mais ils ont dû…»
Il n'eut pas le temps de formuler sa pensée, comprit tout, se jeta de sa fourche au sol, et roula vers le sentier qu'il avait pratiqué deux jours avant au travers des saulaies.
Sous les rafales d'une mitrailleuse, son refuge se transformait déjà en un tourbillon de feuillage déchiqueté.
Ce crépitement s'accompagna d'un autre, plus proche, plus sonore – quelqu'un tirait sur lui à la mitraillette. Piotr roula de nouveau. Son corps s'accrochant à la vie sembla faire des ricochets sur le sol inégal. Quand il put se relever, il sentit au niveau du pied droit une étrange torpeur. Comme si sa botte était enveloppée dans un grand coussin.
Le soir, l'infirmier lui retira du pied une balle de mitraillette. Piotr essuya la lunette éclaboussée, puis, machinalement, prit un canif pour tracer les entailles, et cracha de dépit au souvenir du mannequin de l'officier rempli de sable.
«Je me suis laissé prendre comme un petit morveux!», se répétait-il, incapable de s'endormir, torturé par la rancœur et le tiraillement cuisant de son pied. Puis, dans la nuit, il apprivoisa la douleur, se calma.
«Encore heureux que je sois vivant», songea-t-il, le regard perdu dans le rectangle sombre et tiède de la fenêtre entrouverte. Le vent parsemait cette obscurité de rares gouttes d'une pluie indécise. Piotr se rappela de nouveau: l'officier au pied de l'arbre, un petit nuage de poussière s'échappant de sa tunique…
Soudain, une idée toute simple et claire lui vint à l'esprit. Il pensa à toutes ces balles qu'il avait envoyées non pas dans des statues de sable mais dans des vivants. Jamais encore il n'avait pensé à cela…
Enfant, j'étais vaguement déçu, de n'avoir pas retrouvé dans le récit de mon père le cavalier rouge. Les autres ne comprenaient pas bien où il voulait en venir en évoquant ses pensées nocturnes après la blessure.
Seul Iacha semblait très intéressé par la fin de l'histoire. Il insistait:
