Ce qu'il regrettait vraiment, c'était de ne plus pouvoir faucher. Il nous parlait souvent de ces matinées dans les prés, de l'herbe froide qui se couche sous la lame dans un éventail argenté de rosée. Souvent il répétait un dicton comme un écho lointain de ces matinées sans retour:

Fauche, ma faux, dans le pré Tant que brille la rosée, Quand elle séchera, On s'en ira.

C'est pour cela peut-être que personne ne l'avait jamais appelé cordonnier. Tout le monde comprenait qu'il était fait pour autre chose…


Il y eut dans la vie de cette cour, dans notre vie, un été tout à fait extraordinaire. Rempli d'un bout à l'autre d'événements remarquables.

Tout commença un après-midi de mai. lâcha fit irruption dans notre pièce et, agitant au-dessus de sa tête une feuille dactylographiée, s'exclama:

– Piotr! Ça y est! Nous avons gagné… Ta voiture, tu l'auras! Je les ai matés, ces imbéciles…

Et en effet, deux jours après, tous les habitants sortirent dans la cour pour voir mon père qui, solennel et radieux, en faisait le tour au volant d'une petite «invalidka». À ses côtés était assis Iacha.

La voiture, minuscule, ressemblait à une niche de chien, elle n'avait que deux sièges et pétaradait de façon assourdissante. Mais elle avait une jolie couleur de cerise sombre, et puis c'était l'unique voiture de la cour! Le soir même, Iacha abattit la paroi qui séparait nos deux cahutes et jeta dehors toutes les vieilleries. La première voiture se dota du premier garage.

Il aurait été difficile à mon père de cacher sa reconnaissance.

– Écoute, Iacha! Tu m'as assez traîné. Je vais maintenant t'amener chaque matin à l'école! Entendu?



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