Iacha, qui rejoignait son lieu de travail en dix minutes par les raccourcis, tenta d'esquiver cette proposition généreuse. Mais il ne voulait surtout pas décevoir mon père.

Le lendemain ils partirent ensemble, empruntant la rue principale de la ville. Mon père devait avoir une drôle d'impression en traversant les routes qu'autrefois il jalonnait avec ses bâtons, assis dans une caisse tressautante… Déjà il était plein de projets de longs voyages. À Leningrad, par exemple, ou même à Moscou, pourquoi pas…

Puis, un soir, tous les regards se fixèrent sur le ciel qui se remplissait lentement d'étoiles. Le premier spoutnik venait d'être lancé! Ce fut Iacha qui nous donna les explications. Elles bouleversèrent pendant quelques semaines la vie de la cour, distrayant même les joueurs de dominos de leur activité favorite.

– Il y a un moment assez bref, dit-il, où il est possible de le voir à l'œil nu. Après le coucher du soleil, le ciel devient sombre, mais le soleil ne s'est pas encore enfoncé trop loin derrière la ligne de l'horizon. On distingue alors le spoutnik sur le fond du ciel, dans les rayons du soleil qui, bien que caché, l'illumine…

Avec quelle tension nous guettions cet instant fugitif! Les châteaux nuageux s'assombrissaient lentement au-dessus du Passage, en route vers la Baltique. Les premières étoiles palpitaient. Et nous, les têtes renversées, nous scrutions le ciel. De temps en temps quelqu'un lançait un cri: «Là-bas, là-bas! Je le vois!» et pointait l'index vers une étoile qui semblait bouger. Les autres suivaient la direction, découvraient son erreur. On riait:

– Va te coucher, astronome! Mets tes lunettes, Copernic!

En tout cas, chacun prétendit durant cet été avoir vu le spoutnik au moins une fois. Cette attente sous le ciel du soir, ce vagabondage entre les premières étoiles apporta dans le bouillonnement communautaire des trois maisons une note d'apaisement bien particulière.



32 из 100