La locomotive rugit, le train s'ébranla. Les dernières paroles de l'officier se perdirent dans le martèlement des roues. Nous étouffâmes un soupir de regret.

– Leningrad-Soukhoumi, déchiffra l'un d'entre nous sur une plaque d'émail, puis, quand le dernier wagon disparut dans la brume chaude au-dessus des rails, il répéta rêveusement: «Soukhoumi… Ça, ça doit être quelque chose!»

Nous partagions son avis, imaginant ce fabuleux Soukhoumi comme une ville de l'été éternel, habitée par des officiers imposants et des jolies jeunes femmes qu'on séduit grâce au récit d'une attaque en piqué.


Mais l'événement le plus remarquable de cet été extraordinaire se produisit au milieu même de notre cour.

Un jour, au début d'août, un cri perçant couvrit tous les autres bruits, ces bruits paisibles et habituels d'une soirée comme les autres. Ce cri venait du côté de la Crevasse. Les joueurs de dominos interrompirent leur jeu en tournant la tête vers la broussaille qui entourait la mare. Les visages inquiets des femmes apparurent aux fenêtres. La vieille Zakharovna brandit sa main osseuse. Nous nous précipitâmes vers l'endroit mythique.

Parvenus sur les bords du cratère, nous restâmes cloués sur place devant un spectacle inconcevable. La Crevasse était à sec.

Oui, elle était vide, sèche. Et sur son fond argileux se tenait un petit garçon, un des nôtres, qui, stupéfait, ne pouvait articuler un mot.

Il est vrai que la chaleur, cette année-là, était tout à fait exceptionnelle. Mais cet argument ne nous suffisait pas. Il était sans aucune commune mesure avec la signification de la Crevasse dans la vie de nos maisons. D'autant plus que bientôt cet endroit connut un destin bien insolite. L'aspect même de notre cour en fut changé.

Cet événement se trouva précédé de façon obscurément symbolique par un fait en apparence banal.



37 из 100