– Chut, chut! firent quelques voix.

Sur l'écran apparut une carte schématisée du monde. Au fur et à mesure des explications du commentateur, elle se couvrit d'innombrables points noirs, telles les pustules d'une redoutable variole. C'étaient les bases militaires des États-Unis. De ces ronds noirs s'élancèrent vers les contours bien reconnaissables de notre pays de rapides fléchettes, les dards venimeux des futures attaques nucléaires.

– Quels salopards, ces Américains! bougonna quelqu'un à la table de dominos. Et dire que je les embrassais sur l'Elbe…

De nouveau, comme pour illustrer plus concrètement ce schéma, surgirent les ruines des maisons, le champignon blanchâtre, majestueux et arrogant. La caméra glissa sur une série de mutilés, d'aveugles, de corps aux horribles brûlures.

– Et le pis, c'est que cette saloperie vous atteint partout, murmura un spectateur du côté du jasmin.

– Maman, regarde, celui-ci ressemble à Liochka le Japonais! s'écria tout à coup une petite fille sur les genoux de sa mère, en pointant le doigt sur l'écran.

– Tais-toi, petite sotte! la rabroua la mère qui ajouta d'une voix hésitante en s'adressant un peu à tout le monde: Surtout, c'est pas comme pendant la dernière guerre. Là, on ne sait même pas comment on peut s'en protéger…

La voix off du commentateur semblait attendre cette question. Sur l'écran, toujours dans le cadre d'une série de schémas, se formèrent plusieurs cercles qui entouraient une sorte de grand astérisque – l'épicentre de l'explosion.

La voix, avec un calme très technique et même, semblait-il, en prenant un certain plaisir à la démonstration, donna les explications. Ainsi dans le premier cercle, zone I, disait-elle, on serait brûlé vif. Dans le deuxième, tué sur le coup par l'onde de choc. Ces deux premières zones étaient, tout compte fait, sans grand intérêt. Car on y mourait «normalement», la radioactivité n'avait pas le temps de s'occuper de vous…



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