Les choses devenaient intéressantes dès la troisième zone. Là, et surtout dans les cercles suivants, tout devait être pris en considération: le temps d'irradiation, la vitesse du vent, la nature de vos vêtements et même les fentes dans les carreaux de vos fenêtres.

Un petit espoir de survie commençait à poindre. Les gens scrutaient l'écran qui se couvrait de chiffres. Pourcentages de radioactivité, distances en kilomètres, doses supportables d'irradiation.

Enfin, vint la partie la plus pratique du film que tout le monde attendait avec impatience.

– Dans chaque localité de notre pays, assurait la voix, sont aménagés des abris dont la conception strictement scientifique garantit une protection infaillible contre l'irradiation nucléaire.

Des exclamations dubitatives se firent entendre.

– Et notre abri, il est où? demanda la femme qui tenait sa fillette sur les genoux. Où va-t-on se cacher? Dans les clapiers, avec nos lapins? Mais non, on n'a pas d'abri…

– Il est à Leningrad, ton abri, sous Smolny, ricana quelqu'un profitant de l'obscurité…

Le commentateur, comme s'il prévoyait une pareille réaction, se montra très compréhensif:

– Il se peut qu'à la suite de vos déplacements vous vous trouviez éloignés de l'abri spécialement aménagé. Sachez que dans ce cas, vous pouvez construire vous-même un abri tout à fait efficace…

Sur l'écran surgirent deux hommes en manches de chemise qui, avec l'agilité enthousiaste des stakhanovistes, se mirent à creuser la terre à la lisière d'un bois. Ce plan eut à peine le temps de disparaître que les deux hommes se trouvaient déjà confortablement calés dans leur terrier. Son plafond était renforcé par des pieux et l'intérieur tapissé de branches de sapin. Un des rescapés de la guerre atomique sembla adresser un sourire aux spectateurs et rabattit sur l'ouverture un panneau de planches bien ajustées.



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