
– J'apporte ce qu'on me donne, répliqua l'opérateur. Quant à la bombe, il n'y a qu'un seul moyen fiable en cas d'attaque atomique…
– C'est quoi?
Les spectateurs déposèrent leurs tabourets par terre et se tournèrent vers lui.
– C'est de s'enrouler dans un drap blanc et de ramper en direction du cimetière le plus proche!
Les gens émirent un ricanement indécis, n'étant pas sûrs d'avoir compris.
– Et pourquoi un drap blanc? demanda la femme qui regrettait les gerboises.
– Pour être enterré comme il convient à un honnête homme, dans un linceul!
L'opérateur s'esclaffa, claqua la porte et se hissa dans la cabine. Le fourgon, tanguant sur le sol inégal de la cour, navigua vers le Passage.
– Ça ne fait rien, dit mon père, essayant de calmer les esprits. Maintenant, grâce à Fidel, nous allons leur planter nos fusées juste sous le nez, à ces Amerloques!
– Oui, si leur classe ouvrière n'a pas déjà balancé tout ce bordel impérialiste par-dessus bord, dit Iacha en souriant.
Nous les écoutions avidement. L'île de la Liberté ne ressemblait plus à un petit poisson sans défense. Nous voyions se hérisser sur son dos les épines de nos fusées. Nous étions sûrs que la Floride allait casser son croc jaunâtre sur ces pointes.
– Mais en attendant, me dis-tu très sérieusement, il faudra qu'on essaie quand même cet abri en jonc. Si on en mettait deux mètres, qui sait, ça retiendrait peut-être cent pour cent des radiations?
Ces projets ne se réalisèrent pas. Car quelques jours plus tard on découvrit la Crevasse asséchée. Le film sur la guerre atomique allait démontrer son étrange signification symbolique…
