Iacha, qui commençait à s'ennuyer, décida alors de vérifier la pertinence de cette prévision. Il alla donc se renseigner auprès de l'officier… Iacha n'avait pas pris le chapeau de paille qu'il portait toujours au soleil. Il avait cru que notre expédition prendrait fin rapidement. Sur son crâne il mit un mouchoir, en tordant bien ses coins, et sous le mouchoir il glissa une grande feuille de bardane. C'était mon père qui le lui avait conseillé.

– Je le faisais au front, avait-il expliqué.

– Ah, mais tu as raison, avait dit Iacha en souriant. La feuille se fane et absorbe une partie de la chaleur…

Il se présenta à l'officier avec ce mouchoir sur la tête, non pas comme un évacué mais comme un villégiateur très typique. Au-dessus de son oreille, telle la corne à demi transparente d'un escargot, pointait la tige de la bardane. L'officier le regarda d'un air renfrogné.

– Camarade capitaine, lui demanda Iacha en faisant semblant de confondre la petite étoile sur les épaulettes de l'officier avec l'autre, la grande, si ce n'est pas un secret militaire, l'explosion, c'est pour quand?

L'officier détourna la tête pour ne pas voir la corne d'escargot et répondit entre ses dents:

– Gardez votre calme, citoyen. Pas de questions inutiles. L'heure exacte de l'opération n'est pas à communiquer à tout le monde.

– Dites au moins si c'est pour midi ou pour plus tard, insista Iacha.

– Pour midi? Vous plaisantez? Vous avez vu ce qu'il leur restait encore à…

C'est à ce moment qu'on vit apparaître au-dessus de la tache rose des trois maisons un nuage de poussière et de fumée. Quelques instants plus tard, la terre sous nos pieds frémit et nous entendîmes l'écho de l'explosion.



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