
– Ça a pété plus fort qu'on ne le croyait! s'exclama l'officier, redevenant pour quelques instants un homme normal.
– Surtout ne communiquez pas l'information à tout le monde, camarade sous-lieutenant, dit Iacha en lui jetant un clin d'œil…
Ce n'est que vers le soir qu'on nous ramena à la maison. Un spectacle de désolation s'offrit à nos yeux. Presque toutes les vitres étaient brisées. Le sol était jonché de morceaux de bois, de branchages, de troncs d'arbres arrachés. A l'emplacement de la Crevasse on voyait un cratère deux fois plus large qu'avant d'où pointaient, racines en l'air, quelques jeunes peupliers. Même les grands arbres n'avaient pas été épargnés: feuillage éclairci comme en automne, cimes cassées, branches pendantes.
Et comble d'ironie, la grande coupole à moitié désintégrée était venue se poser sur la table de dominos.
Heureusement que la nuit était chaude. On balaya les éclats de vitres et on se coucha dans les chambres ouvertes sur l'étrange paysage nocturne de la cour ravagée. En cette nuit nous nous sentîmes particulièrement proches de son âme meurtrie.
Le lendemain matin, dimanche, deux nouvelles vinrent souligner le changement de notre vie communautaire. D'abord on apprit que Zakharovna n'avait pas quitté la maison pendant l'explosion. Oui, elle était restée dans l'appartement et, profitant de l'absence des voisins, avait fait ses conserves de tomates.
– Autrement, je n'aurais jamais eu la cuisine à moi seule, expliquait-elle.
L'explosion semblait lui avoir rendu la raison. Elle parlait posément et raconta en détail les préparatifs des sapeurs. Les gens étaient stupéfaits.
– Je vous l'avais bien dit: à quelque chose malheur est bon, plaisantait Iacha.
Mon père l'interpréta à sa manière:
