– Si vous avez perdu la foi, comment pouvez-vous encore croire que vous êtes la cause de la mort de ce Franck?

– Rien n'est aussi puissant qu'un esprit animé par la foi. Qu'importé que Dieu existe ou non. Ma prière était bien assez forte, par sa conviction, pour anéantir une vie. C'est un pouvoir que j'ai perdu en cessant de croire.

– Encore heureux que vous ne croyiez plus, en ce cas.

– Oui. Cela a rendu mon meurtre suivant nettement moins facile.

– Ah! Parce qu'il y a une suite?

– Ce n'est que le premier mort qui compte. C'est l'un des problèmes de la culpabilité en cas d'assassinat: elle n'est pas additionnelle. Il n'est pas considéré comme plus grave d'avoir tué cent personnes que d'en avoir tué une seule. Du coup, quand on en a tué une, on ne voit pas pourquoi on se priverait d'en tuer cent.

– C'est vrai. Pourquoi limiter ces petits plaisirs de l'existence?

– Je vois que vous ne me prenez pas au sérieux. Vous vous moquez.

– Vu ce que vous appelez un meurtre, je n'ai pas l'impression d'être en présence d'un grand criminel.

– Vous avez raison, je ne suis pas un grand criminel. Je suis un petit criminel sans envergure.

– J'aime ces accès de lucidité.

– Rendez-vous compte; je n'ai tué que deux personnes.

– C'est un chiffre médiocre. Il faut avoir plus d'ambition, monsieur.

– Je partage votre opinion. J'étais né pour de plus hauts desseins. Le démon de la culpabilité m'a empêché de devenir l'être immense que j'aurais voulu devenir.

– Le démon de la culpabilité? Je pensais que vous aviez éprouvé un petit repentir de rien du tout.



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