Certes, Marc n'avait pas l'air d'avoir lâché le Moyen Âge. Mais Mathias l'accompagnerait malgré tout jusqu'à cette baraque dont il était en train de lui parler en marchant. Sa main couverte de bagues tournait dans l'air gris au fil de ses explications. Donc, une baraque en lambeaux de quatre étages en comptant les combles avec un jardin. Ça ne faisait pas peur à Mathias. Essayer de réunir le montant du loyer. Faire du feu dans la cheminée. Loger le vieux parrain de Marc avec. Qu'est-ce que c'était que ce vieux parrain? Impossible de l'abandonner, c'était ça ou la maison de retraite. Ah, bon. Aucune importance. Mathias s'en foutait. Il voyait s'estomper la station Châtelet. Il suivait Marc à travers les rues, satisfait que Marc soit dans la merde, satisfait de son inutilité désolante de médiéviste au chômage, satisfait de l'affectation vestimentaire clinquante de son ami, satisfait de cette baraque où ils allaient sûrement se geler car on n'était qu'en mars. Si bien que parvenu devant la grille en loques à travers laquelle on apercevait la baraque, au-delà d'herbes hautes, dans une de ces rues introuvables de Paris, il ne fut pas capable de considérer objectivement le délabrement de cette parcelle. Il trouva le tout parfait. Il se tourna vers Marc et lui serra la main. Accord conclu. Mais avec son seul gain de vendeur de trucs, ça n'allait pas suffire. Marc, appuyé à la grille, en convint. Ils redevinrent graves tous les deux. Un long silence passa. Ils cherchaient. Un autre fou dans la merde. Alors, Mathias suggéra un nom. Lucien Devernois. Marc cria.

– Tu ne parles pas sérieusement, Mathias? Devernois? Est-ce que tu te souviens bien de ce que fait ce type? De ce qu'il est?



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