– Oui, dit Sophia. Trente mille francs.

– Pourquoi tant d'argent? C'est séduisant, bien sûr. Nous sommes sans un rond.

– Je m'en suis rendu compte, dit Sophia.

– Mais ce n'est pas une raison pour vous extorquer une somme pareille pour creuser un trou.

– C'est qu'on ne sait jamais, dit Sophia. Après le trou… s'il y a suites, il est possible que je préfère le silence. Et cela, ça se paie.

– Compris, dit Mathias. Mais tout le monde ici est-il d'accord pour creuser, suites ou pas suites?

Il y eut un nouveau silence. Le problème n'était pas facile. L'argent, bien sûr, dans leur situation, c'était tentant. D'un autre côté, se rendre complice, pour du fric. Et complice de quoi au juste?

– Il faut le faire, bien entendu, dit une voix douce. Tout le monde se retourna. Le vieux parrain entrait dans la salle, se servait un verre, comme si de rien n'était, saluait Mme Siméonidis. Sophia l'examina. De près, ce n'était pas Alexandre le Grand. Parce qu'il était très droit et maigre, il faisait haut, mais pas tant que ça. Mais il y avait le visage. Une beauté dégradée qui faisait encore de l'effet. Pas de dureté mais des lignes franches, le nez busqué, les lèvres irrégulières, l'œil triangulaire et le regard plein, tout était fait pour séduire et séduire vite. Sophia apprécia, rendit mentalement justice à ce visage. Intelligence, brillance, douceur, duplicité peut-être. Le vieux passa la main dans ses cheveux, non pas gris mais moitié noirs, moitié blancs, un peu longs en boucles sur la nuque, et s'assit. Il avait dit. Faire le trou. Personne ne songeait à contredire.

– J'ai écouté aux portes, dit-il. Madame a bien écouté aux fenêtres. Chez moi, ça relève du tic, d'une vieille habitude. Ça ne me gêne pas du tout.



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