
Pickering resta un instant silencieux.
— Vous ne faites pas mystère de vos sentiments envers votre père, et je suis sûr que l‘équipe de campagne du Président est au courant de vos désaccords. Il me semble qu‘il pourrait bien vouloir vous utiliser contre lui d‘une manière ou d‘une autre.
— Pas autant que moi..., fit Rachel en plaisantant à moitié.
Pickering demeura impassible mais son regard se durcit.
— Agent Sexton, un petit avertissement en passant. Si vous avez l‘impression que vos problèmes personnels avec votre père sont susceptibles de fausser votre jugement dans vos rapports avec le Président, je vous conseille vivement de décliner l‘invitation de celui-ci.
— Décliner ? (Rachel eut un petit rire nerveux.) Je ne peux évidemment pas refuser ce rendez-vous.
— Non, fit le boss du NRO. Mais moi je le peux.
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Il avait répondu sur un ton légèrement grondeur qui rappela à Rachel l‘autre raison pour laquelle on le surnommait le Quaker. Il avait beau être un petit homme, William Pickering pouvait provoquer des tremblements de terre politiques si l‘on piétinait ses plates-bandes.
— Ma façon de voir est simple, poursuivit-il sur le même ton. J‘ai une responsabilité envers mes collaborateurs, je dois les protéger, et je n‘apprécie pas que l‘on décide de manipuler l‘un d‘eux dans un combat politique, même si cela ne doit avoir que des conséquences limitées.
— Que me recommandez-vous donc ?
Pickering soupira.
— Ma suggestion, c‘est que vous le rencontriez quand même. Ne vous engagez à rien. Une fois que le Président vous aura dit ce qu‘il a en tête, appelez-moi. Si j‘ai l‘impression qu‘il a l‘intention de jouer un coup tordu en se servant de vous, croyez-moi, je vous escamoterai si vite qu‘il ne comprendra même pas ce qui s‘est passé.
— Merci, monsieur, fit Rachel, réconfortée par l‘aura protectrice qui émanait du directeur et qu‘elle avait longtemps cherchée en vain chez son propre père. Et vous dites que le Président a envoyé son chauffeur ?
