— Et si je t‘avais fait venir uniquement pour le plaisir de prendre mon petit déjeuner avec toi ? répondit-il.

Rachel avait appris depuis longtemps que son père ne l‘appelait qu‘en cas de nécessité. Sexton sirota une gorgée de son café.

— Comment va ta vie, ma chérie ?

— Du travail par-dessus la tête... J‘ai l‘impression que ta campagne se passe on ne peut mieux, reprit-elle.

— Oh, ma chérie, laissons la politique pour le moment.

Sexton se pencha au-dessus de la table et poursuivit en baissant le ton :

— Comment va ce type du département d‘État que je t‘ai présenté ?

Rachel poussa un soupir, luttant déjà contre l‘envie de regarder sa montre.

— Papa, je n‘ai vraiment pas eu le temps de l‘appeler, et je voudrais que tu arrêtes d‘essayer de...

— Tu dois savoir prendre le temps quand il s‘agit des choses importantes, Rachel. Sans amour rien n‘a plus de sens.

Toute une série de répliques vint aux lèvres de Rachel mais elle préféra se taire. Ça n‘était guère difficile pour elle de se montrer plus mature que son père.

— Papa, tu voulais me voir, tu m‘as dit que c‘était important, de quoi s‘agit-il ?

— C‘est important.

– 9 –

Les yeux de son père la scrutaient attentivement.

Rachel sentit que, sous ce regard, ses défenses commençaient à vaciller et elle maudit le pouvoir de cet homme.

Les yeux du sénateur étaient son arme suprême, un don qui, soupçonnait sa fille, allait être responsable de son accession à la Maison Blanche.

Ses yeux pouvaient se remplir de larmes et l‘instant d‘après s‘assécher, ouvrant une fenêtre sur une âme noble et pure qui inspirait confiance à tous. L‘essentiel c‘est la confiance, répétait toujours son père. Le sénateur avait perdu celle de Rachel longtemps auparavant, mais il était en train de gagner rapidement celle du pays.



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