— C’est toi…, halète-t-il.

Il respire difficilement, une mousse rougeâtre fleurit aux commissures de ses lèvres.

— C’est toi qui as fait ça…

L’angoisse me serre la gorge.

— Oui, dis-je, dans un souffle. Oui, c’est moi, ordre du patron, t’as eu tort de jouer au con, Wolf. C’est une chose qu’on ne peut pas se permettre dans notre métier !

— Oui, souffle-t-il. Oui, j’ai… eu… tort.

Il fait un immense effort pour respirer et un flot de sang s’échappe de sa bouche. Il émet un râle affreux.

— T’aurais dû… me… prévenir, hoquette-t-il, je t’aurais…

Il voudrait me faire un signe. Je m’accroupis devant lui.

— Tu as quelque chose à me dire ?

Ses yeux me disent « oui ». Mais il est sans forces.

— Je te demande pardon, vieux, je murmure… Je ne pouvais pas faire autrement.

Il a un hoquet. Sa peau devient cireuse…

— Demain, fait-il dans un souffle… Demain, on va tuer… Orsay…

Il claque brusquement. Sa bouche s’entrouvre, ses yeux se révulsent.

Je recule de trois mètres et je jette à terre le pistolet de Nez-Creux. J’ôte le gant de chamois que j’avais passé pour éviter de coller mes empreintes sur le feu. Puis je sors mon pétard. Le mien !

— Arrêtez-le ! je me mets à beugler.

Je tire une balle dans un pli de ma manche gauche.

Je quitte le hangar en courant et en gueulant. Personne dans les environs immédiats… Je choisis le coin de la ruelle le plus sombre, je fonce dans cette direction en tirant des coups de pétard.

Ça ne rate pas… Trois minutes ne sont pas écoulées qu’un car chargé de flics s’annonce. Les badauds se précipitent…

— Il m’a échappé, je brame. Vite, foncez : un grand type avec un imperméable et un chapeau de toile…



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