« Prends. Mais souviens-toique ce que nous possédons là doit suffire pour le reste de notre existence.

— Oui, Ostvan.

— Et quand Abron rentrera,envoyez-le-moi immédiatement.

— Oui, Ostvan »,répéta-t-elle en quittant l’atelier.

Tous ces soucis, toutes cescontrariétés, était-ce une vie ? Ostvan tira une chaise jusque devant lafenêtre et s’y assit pour prendre son repas. Son regard se perdit dans lepaysage désertique, rocailleux et aride qui s’étendait à l’infini. Autrefois,il lui arrivait encore parfois d’y aller chercher certains minérauxindispensables à de secrètes préparations. À quelques reprises, il s’étaitégalement rendu en ville pour acheter des outils ou des substances chimiques.Mais depuis, il avait réuni tout ce dont il pourrait avoir besoin pour réaliserson tapis. Il y avait de grandes chances qu’il ne mît plus jamais le pieddehors. De surcroît, il n’était plus tout jeune ; il aurait bientôt achevéson œuvre, et il serait alors temps de penser à la mort.

Quelques heures plus tard, dansl’après-midi, des pas rapides dans l’escalier l’interrompirent dans sontravail. C’était Abron.

« Tu désirais me parler,père ?

— Tu es allé à laville ?

— Je suis allé acheter ducharbon.

— Nous avons dans la cavede quoi nous chauffer pendant des générations.

— Je l’ignorais.

— Tu aurais pu me ledemander, non ? Mais n’importe quel prétexte t’est bon pour te rendre à laville. »

Abron s’approcha sans y avoirété invité.

« Je sais que cela tedéplaît que j’aille si souvent en ville et que je lise des livres. Mais, père,c’est plus fort que moi, c’est tellement intéressant… tous ces autres mondes…Il y a tant à apprendre… tant de vies différentes de la nôtre…

— Garde tes boniments. Ta



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