
— Dans cinq minutes tu l’introduiras.
— Et en attendant ? elle demande, la prunelle à l’horizontale, les cils affolés comme deux papillons autour d’un bec de gaz.
— En attendant, c’est moi qui t’introduis.
La liesse qui me porte au compucteur !
Les effets de la joie sont imprévisibles. T’en as qu’elle fait chialer, d’autres qu’elle fait pisser. Moi, elle me contraint à la tricotine. D’autant qu’avec une partante comme voilà Claudette, hein ? Bon, c’est la carambolette express, sur coin de bureau. On joue à bureau fermé, pas se coincer coquette dans un fâcheux tiroir. L’angle du meuble, déjà, c’est un élément propritiatoire. Il te soutient les joyeuses, t’expose bien facilement la moulanche à mademoiselle. Un vrai gâteau.
Bon, très bien, la Claudette a droit à son petit coup de bigougnot farceur. Ça ne nous prend pas cinq minutes. Le temps que met monsieur à caramboler la soubrette pendant que madame se farde dans la salle de bains. Ensuite on s’opère une remise en fraîcheur rapide dans mon lavabo contigu, et Claudette, sans cesser d’écrire Lolita, avec ses fesses, va me quérir ce premier, cet inoubliable client à marquer de tu vas voir quelle drôle de pierre blanche dans le courant de la suite du chef-d’œuvre que je t’élabore, ô mon Lecteur Somptueux.
Et il entre.
Il est grand, massif, presque beau. La soixantaine. Le poil rêche et blanc, le visage bronzé et égratigné de minuscules rides, si fines qu’elles ressemblent à des traits de plume. Il a les yeux clairs, directs ! On sent un mec qui fut un battant, mais dont l’âge a quelque peu émoussé l’énergie.
Je le salue et lui désigne le fauteuil qui fait face au mien.
Il parle. Avec un accent difficile à déterminer, à la fois guttural et chantant.
— Vous êtes le directeur de Paris Detective ?
— En personne.
L’arrivant regarde autour de lui d’un œil favorablement impressionné.
