
Mica fit à Cohen un petit sourire navré. « Elle m’est d’un grand soutien, dit-il.
— Pas question que j’descende jusqu’à la rivière pour t’en sortir encore une fois ! rugit Béryl. Cause-lui donc des boucs, monsieur le grand troll.
— Des boucs ? fît Cohen.
— J’vois pas ce que c’est, cette histoire de boucs, dit Mica. Faut tout l’temps qu’elle parle de boucs. Jamais entendu parler de boucs, moi. » Il grimaça.
Ils regardèrent Béryl faire descendre la berge aux jeunes trolls jusque dans l’obscurité sous le pont.
« À vrai dire, fit Cohen une fois qu’ils furent seuls, j’avais pas l’intention de te tuer. »
La figure du troll s’allongea. « Ah non ?
— Seulement te balancer par-dessus le pont et voler ton trésor.
— Ah oui ? »
Cohen lui tapota le dos.
« Et puis, dit-il, j’aime rencontrer des gens qui ont… bonne mémoire. C’est de ça que le pays a besoin. Une bonne mémoire. »
Le troll se mit au garde-à-vous.
« J’essaye de faire de mon mieux, chef, assura-t-il Mon gars veut s’en aller travailler à la ville. J’y ai dit, y a un troll sous ce pont depuis pas loin de cinq cents ans…
— Alors, si tu veux bien me passer ton trésor, fit Cohen, que je m’en aille. »
La panique rida soudain la figure du troll. « Mon trésor ? J’en ai pas, dit-il.
— Oh, allons, un pont bien placé comme ça ?
— Ouais, mais plus personne passe par cette route. Vous êtes le premier depuis des mois, sans blague. D’après Béryl, j’aurais dû me mettre avec son frère quand ils ont ouvert la nouvelle route sur son pont, mais… (il éleva la voix) moi j’y ai dit, y a des trolls sous ce pont depuis…
— Ouais.
— L’ennui, c’est que les pierres s’en détachent tout l’temps. Et vous imaginez pas les tarifs que pratiquent les maçons. Saletés d’nains. On peut pas leur faire confiance. »
