La pin-up se dirige vers le bar en cannisse de la plage, se juche sur un haut tabouret de rotin et commande d’une voix mélodieuse un Coca-Cola-citron. Elle a troqué son inhumaine combinaison contre un maillot de bain rouge qui cache d’elle ce que j’aimerais précisément le plus contempler.

Moi, j’ai un côté taureau très poussé. Je réagis au rouge ! Je me lève, renvoie le ballon des joueurs de volley sur la brioche d’un gros bouddha chauve qui se fait bronzer le nombril, et, ayant épousseté le sable chaud pour légionnaire en perm’ qui me recouvre, je me dirige vers le bar.

La donzelle est seulabre. Le barman, insensible au beau sexe, compulse le dernier numéro de Tintin avec l’air extasié d’un hépatique découvrant sur son oreiller une boîte de pilules Carter. Je m’installe sur le tabouret et je fouille ma cervelle à la recherche d’une phrase d’attaque percutante. Comme elle est quasi à loilpé, je ne puis lui demander l’heure. Ce serait là, d’ailleurs, une piètre manœuvre très au-dessous de mes possibilités. Il me vient alors une idée explosive. Je vous la refile gratuitement, libre à vous de m’exprimer votre reconnaissance en m’offrant l’apéritif !

— Ça a biché ? lui demandé-je en affichant mon sourire dents-blanches-haleine-fraîche mis au point par Mariano.

Elle condescend à me regarder. Elle le fait sans enthousiasme, mais sans ennui.

— Pourquoi ? rétorque-t-elle.

— Ben, je vous ai vue arriver, tout à l’heure. Vous n’allez pas me dire qu’avec tout votre fourbi vous veniez du thé de la marquise de Bouffémont ?

Elle hoche la tête.

— J’ai raté un mérou.

— Il n’était pas galant ! Ça doit être un plaisir d’être pêché par vous !



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