
Yvonne Carminot йtait songeuse : alors c'йtait зa, une vie ? Зa pesait si lйger ? C'йtait si ingrat ? La Paulette pourtant... Quelle belle femme c'йtait ! Et comme elle йtait bonne ! Comme elle rayonnait autrefois... Et alors ? Oщ ce que c'йtait donc parti tout зa ?
А ce moment-lа, les lиvres de la vieille dame se mirent а bouger. En un instant, Yvonne chassa tout ce bazar de philosophie qui l'encombrait :
— Paulette, c'est Yvonne. Tout va bien ma Paulette... J'йtais venue pour les commissions et...
— Je suis morte ? Зa y est, je suis morte ? murmura-t-elle.
— Bien sыr que non, ma Paulette ! Bien sыr que non ! Vous кtes pas morte, voyons !
— Ah, fit l'autre en refermant les yeux, ah...
Ce « ah » йtait affreux. Petite syllabe dйзue, dйcouragйe et dйjа rйsignйe.
Ah, je ne suis pas morte... Ah bon... Ah tant pis... Ah excusez-moi...
Yvonne n'йtait pas de cet avis :
— Allons ! Il faut vivre ma Paulette ! Il faut vivre, tout de mкme !
La vieille dame secoua la tкte de droite а gauche. А peine et tout doucement. Minuscule regret triste et tкtu. Minuscule rйvolte.
La premiиre peut-кtre...
Puis ce fut le silence. Yvonne ne savait plus quoi dire. Elle se moucha et reprit la main de son amie avec plus de dйlicatesse.
— Ils vont me mettre dans une maison, n'est-ce pas ? Yvonne sursauta :
— Mais non, ils vont pas vous mettre dans une maison ! Mais non ! Et pourquoi que vous dites зa ? Ils vont vous soigner et puis voilа ! Dans quelques jours vous serez chez vous !
— Non. Je sais bien que non...
— Ah ! зa par exemple, mais voilа autre chose ! Et pourquoi donc, mon petit bonhomme ?
Le pompier lui fit un geste de la main pour lui demander de parler moins fort.
