
« Je finis par lui construire une petite chapelle à l’écart de la maison, et il se mit à y passer la plus grande partie de la journée, souvent aussi le début de la soirée. Il y a quelque chose d’ironique dans tout cela. Il était si diffèrent de nous, si différent de tout le monde, tandis que, moi, j’étais tellement normal! Je n’avais absolument rien d’extraordinaire…
De nouveau, le vampire eut un sourire.
— Le soir, parfois, je sortais le voir, et le trouvais dans le jardin près de la chapelle, assis sur un banc, dans la plus parfaite quiétude. Je lui parlais de mes ennuis, des difficultés que me causaient les esclaves, des soucis que me donnait le surveillant, du temps qu’il faisait ou bien de mes courtiers…, de tous les problèmes qui tissaient la trame de mon existence. Et lui écoutait, faisait quelques brefs commentaires, montrait toujours sa sympathie, si bien que, lorsque je le quittais, j’éprouvais soudain l’impression de n’avoir plus aucun sujet de préoccupation. Je ne pensais pas pouvoir jamais lui refuser quoi que ce fût et jurais que, mon cœur dût-il en être brisé, il pourrait entrer dans les ordres quand le temps en serait venu. Je me trompais, évidemment.
Le vampire se tut.
Le jeune homme le regarda un moment sans rien dire, Puis comme s’il s’éveillait, du plus profond de la réflexion, il dit en trébuchant sur ses mots:
