
Du Loup et du Chien maigre.
Un jour, un Loup rencontra un Chien d’assez bonne taille, mais si maigre, qu’il n’avait que les os et la peau. Comme il allait le mettre en pièces: – Eh! Seigneur, lui dit le Chien, qu’allez-vous faire? ne voyez-vous pas bien que je suis présentement dans un tel état, que je ne vaux pas un coup de dent? Mais, croyez-moi, souffrez que je retourne au logis; j’aurai soin, je vous jure, de m’y bien nourrir, et s’il vous prend envie d’y venir dans quelque temps, vous m’y trouverez si gras, que vous ne vous repentirez point d’avoir perdu un méchant repas pour en faire un incomparablement meilleur. – Le Loup le crut et le lâcha. Quelques jours après, il court au logis du Chien, l’aperçoit au travers des barreaux de la porte, et le presse de sortir pour lui tenir parole. – Vous reviendrez demain, s’il vous plaît, lui dit le Chien; car pour aujourd’hui, outre que je ne crois pas avoir encore atteint le degré d’embonpoint qui vous convient, je ne me sens pas fort d’humeur à vous contenter. – L’autre entendit à demi-mot. Il baissa l’oreille, et rebroussant chemin, jura qu’il ne laisserait jamais échapper ce qu’il tiendrait.
De l’Assassin qui se noie.
Le Prévôt poursuivait un Assassin. Celui-ci fuyait, et de telle vitesse, que l’autre ne put l’atteindre, et se retira. Alors le scélérat s’imagina qu’il n’avait plus rien à craindre, et crut que son crime demeurerait impuni; mais le ciel se garda bien de le permettre. Pendant que ce malheureux croit traverser un ruisseau où il était entré sans en connaître la profondeur, il y perd pied, et s’y noie.
