
Mais il n’arrivait pas à se convaincre : il y avait bien cinq centimètres d’acier sur sa gauche ; il pouvait le sentir en y appuyant l’épaule. Mais au-delà c’était le néant.
Oui, enfin, il y avait de l’air : mais ce n’était que du néant malgré tout.
Deux mille kilomètres à droite, autant à gauche, et en dessous de lui cinq mille, peut-être dix mille mètres.
Il eût presque souhaité pouvoir regarder en dessous de lui, jeter un coup d’œil à ce qui pouvait dépasser des cités ensevelies qu’il survolait : New York, Philadelphie, Baltimore, Washington. Il imaginait les amas ondulants à ras de terre de dômes qu’il n’avait jamais vus, mais qu’il savait là. Et, en dessous d’eux, à mille cinq cents mètres sous terre, et à des vingtaines de kilomètres à la ronde, les villes.
Les couloirs interminables et affairés des villes, pensait-il, grouillants de population : les logements, les cantines communautaires, les usines, les trains express : tout cela, bien confortable, bien tiède, à l’image de l’homme.
Alors que lui se trouvait isolé dans l’air froid et inerte, à l’intérieur d’une frêle capsule de métal le déplaçant au travers du vide.
Ses mains se mirent à trembler et il força son regard à se concentrer sur la bande de papier pour lire un peu.
C’était une nouvelle qui traitait d’aventures galactiques et il sautait aux yeux que le héros en était un Terrien.
Exaspéré, Baley marmonna une interjection, puis retint son souffle un moment, en se rendant compte, avec désarroi, de son impolitesse. Il avait osé émettre un son.
Mais quoi ! C’était vraiment trop ridicule ! Quel infantilisme de prétendre que des Terriens pouvaient envahir l’espace. Des conquêtes galactiques ! La Galaxie était interdite aux Terriens. Ceux qui s’y étaient établis étaient les hommes de l’Espace, dont les ancêtres, il y a des siècles, avaient été des Terriens.
Ces ancêtres avaient d’abord atteint les Mondes Extérieurs, s’y étaient confortablement installés, et leurs descendants avaient totalement interdit toute immigration.
