Ils avaient, en quelque sorte, encagé la Terre et leurs cousins Terriens. Et la civilisation de la Terre avait achevé le travail en emprisonnant les hommes à l’intérieur des villes par une muraille psychologique : la peur des grands espaces vides qui les séparaient des fermes et des zones minières, dirigées par les robots, sur leur propre planète ; même de cet espace-là, ils avaient peur !

« Jehoshaphat, pensait Baley avec amertume, si l’on n’aime pas ça, il faut y faire quelque chose ! Mais, en tout cas, ne pas perdre son temps à des contes de fées ! »

Malheureusement, il n’y avait rien à y faire, et il le savait bien. Puis l’avion se posa ; avec ses compagnons de voyage, il sortit, et tous s’égaillèrent chacun de leur côté, sans un regard.

Baley regarda sa montre et décida qu’il avait le temps de faire un brin de toilette avant de prendre le métro jusqu’au ministère de la Justice. Une vraie veine. Le bruit et l’animation de la ville, l’énorme salle voûtée de l’aéroport, avec les couloirs urbains débouchant sur tous les niveaux, tout ce qu’il voyait, tout ce qu’il entendait, lui donnait l’impression rassurante d’être de nouveau bien au chaud, dans les entrailles et le sein de la ville. Ses appréhensions s’en trouvèrent diminuées. Il ne lui manquait plus qu’une douche et il en serait totalement débarrassé.

Il avait besoin d’un permis de transit pour utiliser les bains publics, mais toutes les difficultés s’évanouirent devant son ordre de mission. Il n’eut que l’estampille courante, donnant droit à une cabine personnelle, avec la date précisément indiquée pour prévenir tout abus, et une mince bande de papier portant les indications pour se rendre au lieu désigné.

Baley était heureux de sentir sous ses pieds la douceur des tapis roulants ; ce fut avec une sensation presque de luxe qu’il se sentit prendre de la vitesse, en passant de tapis en tapis, jusqu’au métro-express ; il y grimpa allègrement et prit le siège auquel son échelon lui donnait droit.



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