Ce n’était pas une heure de pointe ; il y avait de nombreux sièges libres. Les bains, lorsqu’il y arriva, n’étaient pas surpeuplés non plus. La cabine à laquelle il eut droit était dans un état convenable, avec un équipement de pressing individuel qui fonctionnait honorablement.

Après avoir utilisé à bon escient sa ration d’eau et repassé ses vêtements, il se sentit prêt à affronter le ministère de la Justice. Et même, avec une certaine ironie, dans un agréable état d’âme.

Le sous-secrétaire, Albert Minnim, était un homme petit, râblé, le teint vermeil, les cheveux grisonnants, aux formes atténuées et arrondies. Il respirait la netteté et sentait à peine la lavande. Tout en lui révélait les plaisirs de la vie que fournissent les rations élevées accordées aux gens haut placés dans l’administration.

A côté de lui, Baley se trouvait terne, rustique. Il avait conscience de ses grandes mains, de ses yeux caves, et se sentait presque un vagabond.

Minnim dit avec cordialité :

— Asseyez-vous, Baley. Vous fumez ?

La pipe seulement, monsieur, répondit Baley en la sortant de sa poche.

Aussi Minnim remit-il en place un cigare qu’il avait commencé d’extraire du tiroir.

Baley en eut aussitôt des regrets. Un cigare valait mieux que rien et il eût apprécié ce cadeau. Même avec une ration de tabac accrue avec sa récente promotion de C. 5 en C. 6, on ne pouvait dire qu’il eût du tabac en surabondance pour sa pipe.

— Je vous en prie, allumez-la, si vous en avez envie, dit Minnim, et il attendit avec une sorte de patience paternelle que Baley ait mesuré, avec soin, la quantité voulue de tabac et fixé le couvercle de sa pipe.

Baley dit, les yeux fixés sur l’extrémité de sa pipe.

— On ne m’a pas informé du motif de cette convocation à Washington, monsieur.



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