
Il faisait un temps d’arrière-saison du genre suave : soleil tiède, langueur à tous les étages avec, venant des Açores, la formation d’un anticyclone de direction nord-est assez prononcée.
Hector mit un certain temps à pénétrer dans ma M.G. Il y parvint à l’instant précis où j’allais chercher un chausse-pied pour faciliter l’opération.
— J’ai une sainte horreur de ces voitures sport, me dit-il tandis que je roulais à travers le bois. C’est inconfortable, cela vous brise les reins et on a des courants d’air dans la nuque.
— Entièrement d’accord, convins-je, ça ne vaut pas un bon édredon, mais avoue que ça va plus vite…
Hector marqua sa réprobation en relevant le col de son pardingue aussi râpé que le dos d’un vieil âne qui coltinerait des limes à métaux.
Paris était presque vidé de ses voitures. Il y avait tellement de place partout qu’on avait envie de s’arrêter tous les dix mètres afin de parquer à satiété (j’adore les jeux de satiété
Hector qui n’avait rien dit depuis ses pertinentes considérations sur l’industrie automobile, tira la langue qu’il avait agile et s’en frotta le bout du nez. Après quoi il soupira.
— Tu vois cette tristesse ambiante, Antoine ?
— Yes, Hector.
— Eh bien, elle me fait songer à celle qui règne dans mon modeste appartement de célibataire.
Emu, je lui décochai une bourrade qui le fit tousser un peu de son poumon gauche, lequel battait de l’aile depuis son adolescence.
— Tu m’as l’air en plein cirage, Totor. Faudrait te marrida.
In petto j’essayais de concevoir le bipède à tête de femme qui consentirait à se farcir Hector.
— Tu oublies deux choses, déclara-t-il. Primo, j’ai horreur que tu m’appelles Totor, c’est d’un vulgaire ! Secundo, je suis misogyne.
— Misogyne par timidité, ricanai-je.
— Point tellement, rectifia mon parent. Ce ne sont pas les occasions qui m’ont manqué. Je crois même…
