Il faudrait tout de même qu’il trouve le temps de faire ce tour de Trantor !

Il poussa un profond soupir en se disant qu’enfin il était sur Trantor, le centre de la Galaxie, le berceau de la race humaine. Il n’avait pas conscience des faiblesses de ce monde titanesque. Il ne voyait pas les convois de ravitaillement arriver les uns après les autres ; il ne se rendait pas compte que seul un fragile cordon reliait ainsi les quarante milliards d’habitants de la planète au reste de la Galaxie. Il admirait seulement la prodigieuse réalisation que constituait cet ensemble, ce point final mis à la conquête de tout un univers.

Un peu étourdi, il revint vers le centre de la plate-forme. Son ami de l’ascenseur lui désigna un fauteuil à côté du sien ; Gaal s’y assit.

« Je m’appelle Jerril, fit l’homme en souriant. C’est votre premier voyage sur Trantor ?

— Oui, monsieur Jerril.

— C’est bien ce que je pensais. La vue de Trantor vous fait toujours quelque chose, pour peu qu’on ait un tempérament poétique. Les Trantoriens, eux, ne viennent jamais ici. Ils n’aiment pas ça. Le paysage les rend malades.

— Malades !… Oh ! je crois que je ne me suis pas présenté : je m’appelle Gaal. Pourquoi cela les rendrait-il malades ? C’est superbe.

— C’est une question d’opinion, Gaal. Quand on naît dans une alvéole, qu’on grandit dans un couloir, qu’on travaille dans une cellule et qu’on prend ses vacances dans un solarium où les gens se bousculent, on ne risque rien de moins que la dépression nerveuse, le jour où l’on s’aventure à l’air libre sans rien que le ciel au-dessus de sa tête. On fait venir les enfants ici une fois par an à partir de cinq ans ; je ne sais pas si ça leur fait vraiment du bien. Je ne crois pas que ce soit suffisant : les premières fois, ils ont de véritables crises de nerfs. Ils devraient commencer dès le jour où ils sont sevrés et venir toutes les semaines.



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