« Il n’y a pas de magiciens, dit-il.

— Mais les gens en parlent. Sur Siwenna, on raconte une foule d’histoires sur eux. Des cultes s’édifient autour d’eux. Il y a un étrange rapport entre tout cela et ces groupes, parmi vos compatriotes, qui rêvent du temps jadis et de ce qu’ils appellent la liberté et l’autonomie. Cette affaire pourrait finir par devenir un danger pour l’Etat.

— Pourquoi me questionner ? dit le vieil homme en secouant la tête. Flairez-vous une révolte dont je serais le chef ?

— Jamais de la vie ! fit Riose en haussant les épaules. Oh ! ce n’est pas une idée absolument ridicule. Votre père en son temps était un exilé ; vous-même, vous avez été un patriote et un chauvin. Il est indélicat de ma part, en tant qu’invité, d’y faire allusion, mais ma mission l’exige. Une conspiration maintenant, dites-vous ? J’en doute. En trois générations, on en a fait perdre le goût à Siwenna.

— Je vais être aussi indélicat comme hôte que vous comme invité ; je vais vous rappeler que jadis un vice-roi a eu la même opinion que vous des Siwenniens. C’est sur l’ordre de ce vice-roi que mon père est devenu un pauvre fugitif, mes frères des martyrs, et que ma sœur s’est suicidée. Mais ce vice-roi a connu une mort assez horrible des mains de ces mêmes serviles Siwenniens.

— Ah ! en effet, et vous abordez là un sujet qu’il pourrait me plaire d’évoquer. Depuis trois ans, la mort mystérieuse de ce vice-roi n’est plus un mystère pour moi. Il y avait dans sa garde personnelle un jeune soldat dont le comportement était fort intéressant. Ce soldat, c’était vous, mais il est inutile, je pense, d’entrer dans les détails.

— Inutile. Que proposez-vous ?

— Que vous répondiez à mes questions.

— Pas sous la menace. Je suis vieux, mais pas encore assez pour que la vie ait pour moi trop de prix.

— Mon cher monsieur, nous vivons une dure époque, dit Riose d’un ton entendu, et vous avez des enfants et des amis. Vous avez une patrie qui vous a fait jadis clamer des phrases d’amour et de folie. Allons, si je décidais de recourir à la force, je ne serais pas assez maladroit pour vous frapper, vous.



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