
Il était sûr qu’elle ne l’aurait pas permis. Elle avait traversé des périodes de considérable impopularité sans démordre de l’idée que Terminus était le siège traditionnel de la Fondation et le demeurerait. Ses ennemis politiques avaient beau jeu de la caricaturer en comparant sa forte mâchoire à un éperon de granité.
Et maintenant que Seldon avait soutenu son point de vue, voilà qu’elle se retrouvait – du moins pour l’heure – avec un écrasant avantage politique. Elle aurait, paraît-il, confié l’année précédente que si, lors de sa prochaine apparition, Seldon la soutenait effectivement, elle estimerait sa tâche remplie avec succès. Dès lors, elle se retirerait des affaires et prendrait du recul plutôt que de se risquer dans de nouvelles guerres politiques à l’issue douteuse.
Personne ne l’avait vraiment crue. Elle se sentait chez elle au milieu des guerres politiques à un point rarement rencontré chez ses prédécesseurs, et maintenant que l’image de Seldon était venue et repartie, il n’était apparemment plus question de départ en retraite.
Elle s’exprimait d’une voix parfaitement claire, avec un accent de la Fondation qu’elle ne cherchait nullement à dissimuler (elle avait à une époque eu le poste d’ambassadrice sur Mandress, mais n’avait pour autant jamais adopté ce vieil accent impérial qui était à présent tellement en vogue – et qui contribuait en partie à cette attirance quasi impériale pour les Provinces intérieures).
Elle commença : « La crise Seldon est terminée et c’est une tradition – fort sage au demeurant – qu’aucune représaille d’aucune sorte, en acte ou en parole, ne soit entreprise contre ceux qui ont soutenu le mauvais parti. Combien d’honnêtes gens ont cru trouver de bonnes raisons pour désirer ce que Seldon ne voulait pas. Il serait vain de les humilier encore, au risque qu’ils ne puissent retrouver leur amour-propre qu’en dénonçant le Plan Seldon. En revanche, c’est une coutume fort louable que ceux qui ont soutenu le parti perdant acceptent de bon cœur leur défaite et sans autre forme de procès. D’un côté comme de l’autre, la décision a été prise, irrévocablement. »
