Hormis, comme toujours…

« De la télépathie, Maire Branno ? » demanda Golan Trevize, descendant à grands pas la travée et s’exprimant d’une voix forte, comme pour compenser le silence de l’assistance. Il ignora son siège – situé dans la rangée du fond puisqu’il était nouveau au Conseil.

Branno n’avait toujours pas levé la tête. Elle dit : « Votre opinion, conseiller Trevize ?

— Est que le gouvernement ne peut bannir la liberté d’expression ; que tous les individus – et à plus forte raison, les membres du Conseil qui ont été élus dans ce but – ont le droit de discuter les décisions politiques de l’heure ; et qu’aucune décision politique ne peut être isolée du Plan Seldon. »

Branno croisa les mains et leva les yeux. Son visage était inexpressif. Elle répondit : « Conseiller Trevize, vous êtes irrégulièrement entré dans ce débat, et ce faisant, vous vous en êtes exclu. Toutefois, vous ayant demandé d’exprimer votre opinion, je m’en vais à présent vous répondre.

« Il n’y a aucune limite à la liberté d’expression dans le cadre du Plan Seldon. Le Plan seul nous limite par sa nature même. Il peut y avoir bien des façons d’interpréter les événements avant que l’image ne présente la décision finale mais une fois cette décision prise, le Conseil n’a plus à la remettre en question. Pas plus qu’on ne doit à l’avance la remettre en question – comme si l’on s’avisait de dire : “ Si jamais Hari Seldon devait décider ceci ou cela, il aurait tort. ”

— Et pourtant, si quelqu’un était sincèrement de cette opinion, madame le Maire ?

— Eh bien, ce quelqu’un pourrait l’exprimer, à condition que ce soit auprès d’une personne privée, et seulement en privé.

— Vous voulez donc dire que les limitations à la liberté d’expression que vous vous proposez d’instaurer ne s’appliquent entièrement, et exclusivement, qu’aux fonctionnaires du gouvernement ?



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