
— C’est exact. Le principe n’est pas neuf dans le cadre des lois de la Fondation et fut déjà appliqué par des Maires de toutes tendances. Le point de vue d’un particulier ne signifie rien ; l’expression officielle d’une opinion a un poids, et peut se révéler dangereuse. Nous ne sommes pas allés aussi loin pour risquer un tel danger maintenant.
— Puis-je faire remarquer, madame le Maire, que le principe que vous invoquez n’a été appliqué par le Conseil qu’en des cas bien précis, strictement limités et fort peu nombreux. Jamais le Conseil ne l’a appliqué dans un cadre aussi vaste et mal défini que celui du Plan Seldon.
— C’est le Plan Seldon qui a le plus besoin de protection car c’est précisément là qu’une telle remise en question peut se révéler la plus lourde de conséquences.
— N’avez-vous pas envisagé, Maire Branno… » Trevize s’interrompit pour se tourner à présent vers les rangs des conseillers assis et qui semblaient, comme un seul homme, retenir leur souffle comme dans l’attente d’un duel. « Et vous, reprit-il, membres du Conseil, n’avez-vous pas envisagé la possibilité, fort probable, qu’il n’y ait pas de Plan Seldon du tout ?
— Nous avons tous pu le voir à l’œuvre encore aujourd’hui », contra le Maire Branno, d’autant plus calme que Trevize devenait plus fougueux et lyrique.
« Et c’est bien précisément parce que nous l’avons vu à l’œuvre aujourd’hui, mesdames et messieurs les conseillers, que nous pouvons constater que le Plan Seldon, tel qu’on nous a demandé d’y croire, ne peut pas exister.
— Conseiller Trevize, vous outrepassez vos droits et je vous interdis de poursuivre dans cette voie.
— Vous oubliez que je bénéficie de l’immunité de ma charge…
— Cette immunité vous est dorénavant retirée, conseiller.
— Vous ne pouvez pas me la retirer : votre décision de limiter la liberté d’expression ne peut, en soi, avoir force de loi. Il n’y a pas eu vote du Conseil sur ce point et même si cela était, je serais en droit de remettre en question sa légalité.
