
Mais Trevize ne se radoucit pas : « Trêve de complaisance. Votre boulot est de me harceler comme si j’étais effectivement un traître. Or je n’en suis pas un et je n’apprécie guère la nécessité de devoir le démontrer pour votre profit. Pourquoi ne serait-il pas à vous de faire la preuve de votre loyauté, à mon profit ?
— En principe, rien ne s’y oppose. L’ennui, toutefois, est que j’ai la force de mon côté et qu’à cause de cela, c’est à moi de poser les questions, pas à vous. Si le moindre soupçon de trahison ou de déloyauté se portait contre moi, soit dit en passant, j’imagine que je me retrouverais remplacé et illico interrogé à mon tour par quelqu’un qui, je l’espère sincèrement, ne me traiterait pas plus mal que je n’ai l’intention de vous traiter.
— Et comment comptez-vous me traiter ?
— Disons, je suppose, en ami et en égal, si vous voulez bien faire de même avec moi.
— Vous voulez peut-être que je vous serve un verre ? demanda Trevize, sarcastique.
— Plus tard, peut-être, mais pour l’instant, asseyez-vous. Je vous le demande entre amis. »
Trevize hésita, puis s’assit. Continuer à faire preuve de méfiance lui semblait soudain bien vain. « Et maintenant ? demanda-t-il.
— Maintenant, puis-je vous demander de répondre sincèrement et complètement à mes questions, sans chercher à les éluder ?
— Et dans le cas contraire ? Quelle est la menace sous-jacente ? Une sonde psychique ?
— J’espère que non.
— Moi de même. Vous n’oseriez pas avec un conseiller. D’ailleurs elle ne révélerait aucune trahison et une fois que je serais acquitté, je me ferais un plaisir d’avoir votre tête et peut-être même celle de madame le Maire, en passant. Tiens, cela vaudrait presque la peine que j’y passe… »
Kodell fronça les sourcils, puis hocha doucement la tête. « Oh ! non. Oh ! non. Trop de risques de dégâts au cerveau. Le rétablissement est parfois lent, et, pour vous, le jeu n’en vaudrait certainement pas la chandelle. Certainement pas. Vous savez, quelquefois, pour peu que la sonde soit utilisée sous l’empire de l’exaspération…
