Mais pour l’heure, il lui était bien inutile de savoir s’il aurait ou non dû voir clair en lui. Il aurait mieux fait de suivre ce simple précepte : ne se fier à personne.

Oui, mais peut-on passer toute sa vie à ne se fier à personne ?

Évidemment non.

Et puis, qui aurait songé que Branno aurait l’audace de virer en pleine séance un membre du Conseil – et sans qu’un conseiller bouge le petit doigt pour défendre l’un de ses pairs ! Même si dans leur intime conviction, ils n’étaient pas d’accord avec Trevize, même s’ils étaient prêts à parier sur chaque goutte de leur sang que Branno avait raison, ils auraient quand même dû, par principe, s’élever devant cette violation de leurs prérogatives. Branno de Bronze, la surnommait-on parfois et certes, elle agissait avec l’inflexibilité du métal.

A moins qu’elle ne fût elle aussi entre les mains de…

Non ! C’était tomber dans la paranoïa.

Et pourtant…

Son esprit tournait en rond et n’était toujours pas sorti de ces ornières répétitives lorsqu’entrèrent les deux gardes.

« Vous allez devoir nous suivre, conseiller », dit le supérieur hiérarchique sur un ton de froide gravité. Son insigne indiquait le grade de lieutenant. Il avait une petite cicatrice sur la joue droite et semblait fatigué, comme s’il était à la tâche depuis bien trop longtemps, sans avoir eu l’occasion de faire grand-chose – ainsi qu’il est prévisible dans le cas d’un soldat dont le pays est en paix depuis plus d’un siècle.

Trevize ne bougea pas : « Votre nom, lieutenant.

— Je suis le lieutenant Evander Sopellor, conseiller.

— Vous vous rendez compte que vous enfreignez la loi, lieutenant Sopellor ? Vous n’avez pas le droit d’arrêter un conseiller.



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