
— Nous avons reçu des ordres, monsieur.
— Peu importe. On ne peut pas vous avoir ordonné d’arrêter un conseiller. Vous devez être bien conscient que vous risquez la cour martiale.
— Vous n’êtes pas arrêté, conseiller, remarqua le lieutenant.
— Dans ce cas, je n’ai pas à vous suivre, n’est-ce pas ?
— Nous avons reçu l’ordre de vous escorter jusque chez vous.
— Je connais le chemin.
— … et de vous protéger durant le trajet.
— De quoi ?… ou de qui ?
— D’un éventuel rassemblement.
— A minuit ?
— C’est bien pourquoi nous avons attendu jusqu’à minuit, monsieur. Et à présent, dans l’intérêt même de votre protection, nous devons vous demander de nous suivre. Puis-je ajouter (non pas à titre de menace mais simplement d’information) que nous avons l’autorisation d’user de la force, si nécessaire. »
Trevize avait certes remarqué les fouets neuroniques dont ils étaient armés. Il se leva, avec dignité, du moins l’espérait-il. « Eh bien, allons chez moi – à moins que je ne découvre au bout du compte que vous m’amenez en prison ?
— Nous n’avons pas reçu instruction de vous mentir, monsieur », dit le lieutenant, dans un sursaut d’amour-propre. Trevize comprit qu’il était en face d’un vrai professionnel qui ne mentirait qu’après en avoir explicitement reçu l’ordre – et que même alors, son expression comme son intonation le trahiraient.
Trevize se reprit : « Je vous prie de m’excuser, lieutenant. Je n’avais certes pas l’intention de mettre votre parole en doute. »
Une voiture les attendait dehors. La rue était vide et il n’y avait pas la moindre trace d’être humain – encore moins d’un rassemblement. Mais le lieutenant n’avait pas menti : il n’avait jamais dit qu’il y aurait un rassemblement ou qu’il s’en formerait un. Il avait tout au plus fait référence à « un éventuel rassemblement ». Une simple « éventualité ».
