
Le lieutenant avait pris soin de s’interposer entre Trevize et le véhicule. Il lui aurait été impossible de s’enfuir. Le lieutenant pénétra dans la voiture sur ses talons et s’assit à côté de lui sur la banquette arrière.
L’engin démarra.
« Une fois rentré chez moi, dit Trevize, je suppose que je pourrai librement vaquer à mes affaires – et, par exemple, sortir, éventuellement.
— Nous n’avons pas reçu instruction d’entraver votre liberté de mouvement, conseiller, dans le cadre toutefois de notre mission de protection.
— Dans le cadre de votre mission… Et qu’entendez-vous par là ?
— J’ai l’ordre de vous prévenir qu’une fois chez vous, vous êtes avisé de ne plus en sortir. Les rues ne sont pas sûres et je suis responsable de votre sécurité.
— Vous voulez dire que je suis assigné à résidence.
— Je ne suis pas juriste, conseiller. J’ignore ce que cela veut dire. »
Il regardait droit devant lui mais son coude effleurait Trevize : ce dernier n’aurait pu faire un geste, si minime fût-il, sans que le lieutenant ne le remarquât aussitôt.
Le véhicule s’immobilisa devant la petite maison qu’habitait Trevize, dans le faubourg de Flexner. En ce moment, il n’avait pas de compagne – Flavella s’étant lassée de l’existence erratique que lui imposait sa fonction au Conseil – aussi ne comptait-il pas être attendu.
« Est-ce que je sors tout de suite ?
— Je vais sortir en premier, conseiller. Nous vous escorterons à l’intérieur.
— Toujours pour ma sécurité.
— Oui, monsieur. »
Il y avait deux gardes en faction derrière sa porte. On avait allumé une veilleuse mais les fenêtres ayant été obturées, elle demeurait invisible de l’extérieur.
Un bref instant, il se sentit outré par cette invasion de son domicile puis rapidement écarta le problème en haussant mentalement les épaules. Si le Conseil était incapable de le protéger dans son enceinte même, ce n’était sûrement pas son domicile qui pourrait lui servir de forteresse.
