
En ce temps-là, pourtant, la Fondation n’était encore qu’un monde bien chétif, dont l’emprise sur les Quatre Royaumes était bien ténue, qui n’avait qu’une bien vague conscience de l’étendue de la protection que lui assurait le Plan Seldon, et qui allait jusqu’à contrer ce qui subsistait du naguère puissant Empire Galactique.
Et plus s’était accru le pouvoir politique et commercial de la Fondation, plus ses dirigeants et ses guerriers semblaient être devenus insignifiants. Lathan Devers : on l’avait presque oublié. Si l’on s’en souvenait, c’était plus à cause de sa fin tragique dans les camps que pour sa vaine (quoique victorieuse) lutte contre Bel Riose.
Quant à Bel Riose, le plus noble des adversaires de la Fondation, lui aussi, on l’avait presque oublié, éclipsé qu’il était par le Mulet qui seul parmi tous ses ennemis avait pu briser le Plan Seldon et défaire la Fondation avant de la diriger. C’était lui, et lui seul, le Grand Ennemi – enfin, le dernier des grands.
On ne se souvenait guère que le Mulet avait été, en vérité, défait par un seul individu, une femme du nom de Bayta Darell, et qu’elle était parvenue à la victoire sans l’aide de quiconque, sans même le soutien du Plan Seldon. Tout comme on avait presque oublié que son fils Toran et sa petite-fille, Arkady Darell, avaient à leur tour vaincu la Seconde Fondation, laissant le champ libre à la Fondation, la Première Fondation.
Ces vainqueurs d’aujourd’hui n’étaient désormais plus des personnages héroïques. De nos jours, on ne pouvait que se permettre des héros réduits à la taille de simples mortels. Et puis, reconnaissons que la biographie qu’avait donnée Arkady de sa grand-mère l’avait fait descendre du rôle d’héroïne à celui de simple figure romanesque.
Et depuis lors, il n’y avait plus eu de héros – ni même de figure romanesque, d’ailleurs. La guerre kalganienne avait été le dernier épisode violent à impliquer la Fondation, et ce n’avait jamais été qu’un conflit mineur. Virtuellement plus de deux siècles de paix ! Cent vingt ans sans même un vaisseau éraflé.
