Les courants d’air puissants incurvaient légèrement l’enveloppe transparente. Le ciel était serein, aussi l’ingénieur d’études Evguéni Pétrovitch Zabara restait-il d’excellente humeur. Accoudé sur le tube chaud du garde-fous du monojet, il imaginait ses vacances.

Brusquement il fut pris d’un tremblement abominable. Les aiguilles des cadrans sertis dans le tableau de bord semblaient être devenues incontrôlées. Un brouillard pourpre envahit un petit écran circulaire.

Avec un repentir tardif, Evguéni se souvint que l’appareil qu’il avait poussé hors du hangar de l’institut n’avait pas été vérifié. Négligence qu’il allait devoir payer…

Quelques minutes plus tard le vrombissement régulier du moteur faiblit. La sirène d’alarme émit un son strident. L’ingénieur ouvrit le panneau et se mit à étudier le moteur, tentant de trouver la cause de la panne.

L’altitude fondait de manière catastrophique. Le temps pour la réflexion était épuisé.

Evguéni fit glisser la fermeture éclair de sa combinaison et actionna la manette de catapultage. Une secousse… Le hurlement du vent dans les oreilles… La coupole vermeille du parachute obstruant la moitié du ciel… Et puis les suspentes tendues comme les cordes d’un instrument de musique…

Le monojet se désagrégeait en tombant. Alors que l’ingénieur se trouvait à une dizaine de mètres du sol, le plateau porteur inférieur se détacha de l’engin et, tourbillonnant violemment, il déchira la voilure du parachute.

C’est vers la fin de la journée qu’Evguéni reprit ses sens. Son épaule gauche lui cuisait, il avait la gorge desséchée. L’ingénieur se souleva sur les coudes, jeta un regard alentour. Les débris du monojet gisaient non loin de là. Au point de chute de l’appareil la terre avait été labourée. Aux pieds d’Evguéni traînait un scaphandre, bien inutile maintenant. L’ingénieur regarda ses mains : elles étaient noires de terre et couvertes d’écorchures.



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