
— Ce n’est pas lourd, dit l’ingénieur. Il rouvrit les yeux et siffla d’étonnement : devant lui se dressait un arbuste tentaculaire d’une essence inconnue.
Evguéni était prêt à jurer qu’il n’était pas là deux minutes auparavant.
Surmontant la douleur, l’ingénieur se leva avec difficulté. « Il ne s’agit pas de lambiner, se dit-il. J’avancerai droit devant, en m’orientant d’après le soleil. Quelqu’un me remarquera peut-être. »
A peine eut-il fait quelques pas que des branches flexibles lui barrèrent le chemin. Le pas suivant, des ventouses se collèrent sur sa combinaison. L’ingénieur eut l’impression de devenir fou. Une branche se courba et vint s’entortiller autour des jambes d’Evguéni, une autre enlaça solidement son torse. Enfin, une troisième se tendit vers sa gorge… Instinctivement il se recroquevilla, cherchant à esquiver l’adversaire. La branche, comme vivante, bondit, suivant son mouvement. Alors, Evguéni la saisit de la main droite restée libre. Mais avec la rapidité de l’éclair l’ennemi inexorable s’entortilla autour d’elle également.
Qu’est-ce que cela peut bien être ? Une plante carnivore venue d’une autre planète ? Comment alors expliquer sa présence dans la réserve ?
Solides comme des câbles, les branches-tentacu-les avaient entièrement enveloppé l’ingénieur.
Brusquement Evguéni se sentit déplacé. Sortis d’on ne sait où, des tentacules se le transmettaient comme on transmet le témoin d’un relais. Le prisonnier résistait désespérément, mais sans même réussir à toucher le sol. Le maintenant avec force précautions, les branches le tiraient toujours plus loin et, une fois leur tâche menée à bien, elles se rétractaient.
