
– Je suis trahi, madame, lui crie-t-il en fureur, lisez ce billet: il m’éclaire; il n’est plus temps de balancer, je vous laisse le choix de votre mort.
La marquise se défend, elle jure à son époux qu’il se trompe, qu’elle peut être, il est vrai, coupable d’imprudence, mais qu’elle ne l’est assurément pas d’aucun crime.
– Vous ne m’en imposerez plus, perfide, répond le mari furieux, vous ne m’en imposerez plus, dépêchez-vous de choisir, ou cette arme à l’instant va vous priver du jour.
La pauvre Mme de Guissac effrayée se détermine pour le poison, prend la coupe et l’avale.
– Arrêtez, lui dit son époux dès qu’elle en a bu une partie, vous ne périrez pas seule; haï de vous, trompé par vous, que voudriez-vous que je devinsse au monde? et en disant cela, il avale le reste du calice.
– Oh monsieur, s’écrie Mme de Guissac, dans l’état affreux où vous venez de nous réduire l’un et l’autre, ne me refusez pas un confesseur, et que je puisse en même temps embrasser pour la dernière fois mon père et ma mère.
On envoie chercher sur-le-champ les personnes que demande cette femme infortunée, elle se jette dans le sein de ceux qui lui ont donné le jour et proteste de nouveau qu’elle n’est point coupable. Mais quels reproches faire à un mari qui se croit trompé et qui ne punit aussi cruellement sa femme qu’en s’immolant lui-même? Il ne s’agit que de se désespérer, et les pleurs coulent également de toutes parts.
