
– Vous en doutez? dit Gilbert en fronçant le sourcil.
– Dieu m’en garde! Savez-vous, mon cher ami, que vous êtes féroce et que l’on ne peut vous rien dire. Je vous demandais quels gens étaient ces Taverney. Ce n’est point pour vous désobliger, mais bien plutôt pour vous servir en vous vengeant.
– Je ne me venge pas, ou je me venge moi-même, madame.
– Très bien; mais nous avons nous-mêmes un grief contre les Taverney; puisque de votre côté vous en avez un, et même peut-être plusieurs, nous sommes donc naturellement alliés.
– Vous vous trompez, madame; ma façon de me venger ne peut avoir aucun rapport avec la vôtre, car vous parlez des Taverney en général, et moi j’admets différentes nuances dans les divers sentiments que je leur porte.
– Et M. Philippe de Taverney, par exemple, est-il dans les nuances sombres ou dans les nuances tendres?
– Je n’ai rien contre M. Philippe. M. Philippe ne m’a jamais fait ni bien ni mal. Je ne l’aime ni le déteste; il m’est tout à fait indifférent.
– Alors vous ne déposeriez pas devant le roi ou devant M. de Choiseul contre M. Philippe de Taverney?
– À quel propos?
– À propos de son duel avec mon frère.
– Je dirais ce que je sais, madame, si j’étais appelé à déposer.
– Et que savez-vous?
– La vérité.
– Voyons, qu’appelez-vous la vérité? C’est un mot bien plastique.
– Jamais pour celui qui sait distinguer le bien du mal, le juste de l’injuste.
– Je comprends: le bien… c’est M. Philippe de Taverney; le mal… c’est M. le vicomte du Barry.
– Oui, madame, à mon avis, et selon ma conscience, du moins.
– Voilà ce que j’ai recueilli en chemin! dit Chon avec aigreur; voilà comment me récompense celui qui me doit la vie!
