
– Renseignez-moi un peu, voyons, dit Balsamo avec tranquillité.
– Ah! je comprends; vous désirez une sorte de signalement, n’est-ce pas, monsieur le comte?
– Oui, monsieur, s’il vous plaît.
– Eh bien, dit M. de Sartine en fixant sur Balsamo un œil qu’il essayait de rendre inquisiteur, c’est un homme de votre âge, de votre taille, de votre tournure; tantôt grand seigneur semant l’or, tantôt charlatan cherchant les secrets naturels, tantôt affilié sombre de quelque confrérie mystérieuse qui jure dans l’ombre la mort des rois et l’écroulement des trônes.
– Oh! dit Balsamo, c’est bien vague.
– Comment, bien vague?
– Si vous saviez combien j’ai vu d’hommes qui ressemblent à ce portrait!
– En vérité!
– Sans doute; et vous ferez bien de préciser un peu si vous voulez que je vous aide. D’abord, savez-vous en quel pays il habite de préférence?
– Il les habite tous.
– Mais en ce moment, par exemple?
– En ce moment, il est en France.
– Et qu’y fait-il, en France?
– Il dirige une immense conspiration.
– Ah! voilà un renseignement, à la bonne heure; et, si vous savez quelle conspiration il dirige, eh bien, vous tenez un fil au bout duquel, selon toute probabilité, vous trouverez votre homme.
– Je le crois comme vous.
– Eh bien, si vous le croyez, pourquoi, en ce cas, me demandez-vous conseil? C’est inutile.
– Ah! c’est que je me consulte encore.
– Sur quoi?
– Sur ceci.
– Dites.
– Le ferai-je arrêter, oui ou non?
– Oui ou non?
– Oui ou non.
– Je ne comprends pas le non, monsieur le lieutenant de police; car enfin, s’il conspire…
– Oui; mais s’il est un peu garanti par quelque nom, par quelque titre?
