– Allons donc! répliqua Balsamo en faisant un pas entre la sonnette et le magistrat, est-ce qu’on m’arrête, moi?


– Pardieu! que ferez-vous pour m’en empêcher? Je vous le demande.


– Vous me le demandez?


– Oui.


– Mon cher lieutenant de police, je vais vous brûler la cervelle.


Et Balsamo sortit de sa poche un charmant pistolet monté en vermeil, et qu’on eût cru ciselé par Benvenuto Cellini, qu’il dirigea tranquillement vers le visage de M. de Sartine, qui pâlit et tomba dans un fauteuil.


– Là, dit Balsamo en attirant un autre fauteuil près de celui du lieutenant de police, et en s’asseyant; maintenant, nous voilà assis, nous pouvons causer un peu.

Chapitre CXXV Causerie

M. de Sartine fut un instant à se remettre d’une alarme si chaude. Il avait vu, comme s’il eût voulu regarder dedans, la gueule menaçante du pistolet; il avait même senti sur son front le froid de son cercle de fer.


Enfin, il se remit.


– Monsieur, dit-il, j’ai sur vous un avantage; sachant à quel homme je parlais, je n’avais pas pris les précautions que l’on prend contre les malfaiteurs ordinaires.


– Oh! monsieur, répliqua Balsamo, voilà que vous vous irritez et que les gros mots débordent; mais vous ne vous apercevez donc pas combien vous êtes injuste! Je viens pour vous rendre service.


M. de Sartine fit un mouvement.


– Service, oui, monsieur, reprit Balsamo, et voilà que vous vous méprenez à mes intentions; voilà que vous me parlez de conspirateurs, juste au moment où je venais vous dénoncer une conspiration.


Mais Balsamo avait beau dire, en ce moment-là, M. de Sartine ne prêtait pas grande attention aux paroles de ce dangereux visiteur; si bien que ce mot de conspiration, qui l’eût réveillé en sursaut en temps ordinaire, put à peine lui faire dresser l’oreille.



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